ManiFeste, 2017 © Centre Pompidou / Photo : H. Véronèse

IRCAM : UN LABORATOIRE DE PRODUCTION POUR LE SPECTACLE VIVANT

LA FABRIQUE DE L’OPÉRA DU 21E SIÈCLE 

Un réseau de coproducteurs européens

Trois opéras élaborés dans les studios de l’Ircam et accordant une part prégnante à l’électronique ont été créés en tournée européenne : Infinite Now de la compositrice israélienne Chaya Czernowin, Kein Licht de Philippe Manoury avec le metteur en scène allemand Nicolas Stemann, sur un livret de Elfriede Jelinek, et La Princesse légère de Violeta Cruz, jeune Colombienne issue du cursus de l’Ircam, avec le metteur en scène belge Jos Houben

Ces créations sont nées au sein d’un maillage de coproducteurs très dense, constitués de l’Opéra des Flandres, du Théâtre national de Mannheim, de la Philharmonie de Paris, de l’Opéra Comique, de la Ruhrtriennale, du festival Musica, de l’Opéra national du Rhin, du Théâtre national croate de Zagreb, des théâtres de la Ville de Luxembourg et de l’Opéra de Lille.


Richesse et diversité de l’électronique

Les équipes de réalisateurs de l’Ircam ont élaboré des techniques d’informatique musicale extrêmement variées selon les artistes, leurs esthétiques et les sujets traités. 
Projet labellisé par la mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale, Infinite Now traite de la vie des soldats au front et fait de l’électronique un outil de poétique sonore. Des bruits parfois extrêmement ténus, voire inaudibles – chuchotements, frôlements, grattements – émergent d’un silence obscur tandis que le dispositif de spatialisation permet d’éveiller la conscience de l’auditeur jusqu’au choc psychologique.

Toujours à la pointe des recherches sur l’électronique en temps réel, Philippe Manoury a conçu son opéra Kein Licht, inspiré de la catastrophe de Fukushima, comme une réaction en chaîne, en s’inspirant d’un modèle mathématique de processus aléatoires, les chaînes de Markov. L’électronique – et au-delà la musique entière – opère librement en réaction à ce qui se passe sur scène sans qu'on puisse la contrôler. Un important travail d’hybridation entre théâtre et musique, visant à révéler la musicalité de la voix parlée des acteurs, a par ailleurs été effectué pour ce nouveau genre lyrique que le compositeur nomme « Thinkspiel ».

La Princesse légère est une féerie tous publics à partir de huit ans où les éléments de décors, munis de capteurs (les R-IoT, capteurs Ircam de dernière génération), sont transformés en objets sonores. Ils se voient ainsi pleinement intégrés au discours musical grâce à leur exploitation par l’électronique : les manipulations qu’en font les interprètes les transforment en de véritables instruments, réagissant à la dynamique de jeu. Écritures théâtrales, scénographiques et musicales sont ici étroitement liées par la magie de la sonification des objets.

 

DIVERSIFIER LES COLLABORATIONS AVEC LE CENTRE POMPIDOU 

ManiFeste – 2017
Le regard musicien
Festival et académie de l’Ircam 

Ircam, Centre Pompidou, Centre national de la danse, Cité de la musique – Philharmonie de Paris, Collège de France, Le Centquatre-Paris, Maison de la radio, Nanterre-Amandiers, Centre dramatique national
Direction artistique : Frank Madlener, directeur de l’Ircam
1er juin-1er juillet 2017
10 336 spectateurs

Grand temps fort de la création, de l’émergence et de la prospective artistiques à Paris, le festival de l’Ircam a reconduit pour la seconde année son rapprochement original avec le Musée national d’art moderne. Après « L’art pauvre » en 2016, ManiFeste-2017 a exploré « Le regard musicien » en écho au nouveau parcours « L’Œil écoute » proposé dans les collections.

En sept concerts, le festival a dévoilé les correspondances entre l’écoute et la vision qui ont fondé de fabuleuses aventures de la modernité et du monde contemporain, de Scriabine jusqu’aux jeunes compositeurs d’aujourd’hui. En ouverture était programmée La Lumière du noir d’Alberto Posadas, œuvre marquée par l’expérience visuelle qu’a fait le compositeur espagnol lors de sa visite de l’exposition « Pierre Soulages » au Centre Pompidou en 2009 ; puis Rothko Chapel de Morton Feldman qui s’inspire des quatorze toiles peintes par Rothko pour la Menil Collection et où le compositeur médite tout à la fois la vibration d’un lieu et d’une peinture, la continuité musicale des grands formats. Côté scène, étaient programmés deux concerts-vidéo : Campo Santo, impure histoire de fantômes de Jérôme Combier et de Pierre Nouvel, au Centquatre-Paris, et Jardin d’Éden, la version de concert de l’installation de Hyun-Hwa Cho et Raphaël Thibault.

L’académie 2017 qui a accueilli et formé cent vingt jeunes compositeurs et interprètes internationaux a également fait la part belle à l’expérience visuelle, autour du répertoire de la seconde école de Vienne et de Schoenberg en particulier, en écho à Kandinsky, et de l’atelier de composition de musique de chambre. Le principe de cet atelier encadré par Alberto Posadas était en effet que les participants s’inspirent chacun d’une œuvre plastique issue des collections pour leurs créations. Le concert de restitution s’est déroulé dans les salles du Musée consacrées à « L’Œil écoute », avec les solistes de l’Ensemble intercontemporain. 


Renouveler le format du concert

La seconde ligne de force du festival a été le renouvellement du format du concert contemporain, un axe développé avec le soutien de Creative Europe dans le cadre du projet « Interfaces » qui vise l’élargissement des publics par la promotion de formes originales. Coproduit avec les Spectacles vivants, Niagara Reverb#07150 a transformé la piazza du Centre Pompidou en une vaste scène électronique grâce à KTL et à un ensemble de cors des Alpes, tandis que la structure du bâtiment même disparaissait dans une gigantesque et poétique sculpture de brouillard créée par l’artiste japonaise Fujiko Nakaya. La magie a opéré devant plus de mille deux cents spectateurs chaque soir (les 2 et 3 juin). Au théâtre Nanterre-Amandiers, Sound & Vision (A liquid room), performance de l’ensemble Ictus avec la chorégraphe et danseuse Ula Sickle et le créateur de lumières Yann Leguay, était un festival en miniature. Le spectateur était libre de circuler dans l’espace sonore et visuel entre différents podiums, de choisir son angle d’écoute, de rythmer ses allers-retours et de voir ainsi son écoute renouvelée.


Philippe Manoury au Collège de France

Mentionnons enfin le concert Temps et musique : Philippe Manoury – coproduit avec le Collège de France dans leurs murs – avec deux pièces maîtresses du répertoire de l’Ircam pour électronique en temps réel : Le temps, mode d’emploi et Partita II. Ce fut l’événement de clôture du cycle d’enseignement Musiques, sons et signes du compositeur, titulaire de la chaire de Création artistique pour l’année académique 2016-2017. 

Vue de l'IRCAM. © Philippe Barbosa
Vue de l'IRCAM. © Philippe Barbosa#
Studio de l'IRCAM. Studio de l'IRCAM
Studio de l'IRCAM. Studio de l'IRCAM#

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